Quelles sont tes inspirations ? la tournée, les gens que tu rencontres en route ?
«Avec le temps tu accumules des souvenirs, que tu les aimes ou non d’ailleurs, puis un beau jour ils refont surface sans que tu décides vraiment de t’en rappeler. Aujourd’hui par exemple, j’étais allongé sur mon lit quand je me suis souvenu d’un truc que j’ai vécu alors que j’avais 6 ans seulement, je ne m’en étais pas rappelé depuis des années. Donc ses souvenirs peuvent étinceler comme des émotions, et ces émotions créent les chansons. Non, je ne suis pas inspiré spécialement par la tournée, sinon toutes les chansons serait « Distance and Time » des chansons qui racontent « oooh que c’est dur d’être sur la route, je suis à plaidre de faire des choses géniales et que j’aime faire, mais je suis si loin de chez moi snif snif mes amis me manquent snif snif», très ennuyant tout ça. Je dirais que l’inspiration me vient d’extraits du vécu passé, de moments du présent et des désirs que l’on a pour l’avenir, en résumé le fil directeur général de Sort of revolution, c’est le changement. Oui c’est surtout ça, un truc vient d’arriver, on a le projet de changer quelque chose, un événement nouveau aussi minime soit-il, bref un détail qui a le pouvoir de faire une petite révolution dans notre quotidien. Un mélange d’un peu de tout ça.»
Tu composes le soir, en pleine nuit avant d’aller dormir ou au réveil ?
«En fait, je bosse plus ou moins toujours le soir, car je suis en concert, sur scène ou en tant que spectateur, ou en train de produire ou remixer de la musique, donc les moments où j’obtiens la majorité de mes meilleurs compos c‘est au réveil. Le matin je me lève, je me fais un café, et quand j’ai le cerveau frais et alerte, je me fais un énorme splif, je reprends un second café, et j’enregistre tout ce qui me vient à l’esprit, chaque jour c’est différent. Radiohead, c’est le groupe qui fait vraiment flipper tellement les idées fusent, mais c’est ce genre d’albums complètement barrés qui me motivent à monter à l’étage et composer.
Quand je suis bien stone, je fais une fixette sur certains détails que j’enregistre et réenregistre plusieurs fois de façon différente, c’est là qu’un élément ressort du reste après écoute, je vais d’abord jusqu’au bout de mes jams sans spécialement réfléchir à un scénario couplet refrain etc, une transe musicale sans doute. Ensuite des pépites ressortent de ces recherches hasardeuses, puis d’autres matins leur donnent de l’ampleur, le temps rempli son travail et ajoute des bouts de guitares qui font grandir le tout en une chanson qui tient la route.
Quand t’es en tournée, tu joue ton set, des trucs prévus, tu dois te concentrer de manière intense sur ta manière de jouer.»
Tu ne fais pas de reprises ?
«Si, on en fait quelques-unes, mais ça change tous les soirs, globalement on joue toujours les mêmes titres. On a 10 titres sur la tracklist, mais toujours 5 autres de réserve qu’on peux également jouer, du coup si à la moitié du set on trouve l’agencement mauvais alors on le change avec les 5 titres de secours. Par contre, si on arrive à la moitié du set et que le concert se passe super bien, on est hyper heureux et on continue le reste du concert tranquillement et les titres se secours se transforment en rappel parfois.
Quand tu prépares ton concert, tu dois vraiment le peaufiner, faire attention, car tu ne peux pas te planter. Maintenant que je suis avec un groupe, je ne suis plus aussi libre pour improviser. Il y a deux gars avec moi, la batterie se cale quasi toujours sans trop de souci, un signe de tête pour s’accorder sur la fin d’une chanson et c’est bon, mais le bassiste il me tue après le concert si jamais je le malmène (rires).
Je viens de faire une tournée en Allemagne avec un groupe de rock, un super groupe, ils jouent le même set chaque soir, j’ai rien contre ça, c’est cool, mais nous on choisi un set complètement différent chaque soir, histoire de pas tomber dans la routine et être vraiment concentré à chaque fois, on joue des vieux trucs, des nouveautés, au hasard vraiment, et maintenant même en tant que groupe, on improvise quelques titres, rien de cheesy, rien de stupide bien entendu, mais si tu es un fan et que tu connais les chansons par cœur, genre « this is the thing » tu remarques « ah c’est une intro plus longue » « ah il change certains accords » « ah y’a un nouveau rythme dans celle là » « ah c’est une fin différente ».
Elles sont toujours arrangées un peu différemment, sinon on en aurait rapidement marre. On ne s’ennuie jamais des réactions des gens. Tu vois, on peux finir par en avoir marre d’une chanson peut-être, mais les réactions positives « c’est ma préférée », « cette chanson je l’écoute en boucle » ça non, jamais (rires), ça nous fait vraiment plaisir.»
Il parait que les promoteurs, gérants de salles de concert apprécient votre musique et ne se contentent pas seulement de vous dire un bonjour cordial, ce qui est plutôt rare quand on voit passer plusieurs centaines d’artistes par an…
Oui c’est vrai, absolument «c’était génial, merci du concert». Car on essaye toujours de faire en sorte d’être le groupe avec qui il est « facile » de bosser, cool, pas de requêtes princières ou ce genre de conneries, juste vraiment sympathique, le moins chiant possible. On connait le principe, les promoteurs mettent leur propre argent en jeu, ils ne sont pas fans de notre musique en soi, ils ne font que parier un peu comme au casino avec des milliers de livres, de dollars ou d’euros, donc on apprécie ce genre de remarque de leur part.



