Il fait très beau lorsque je ressors des bureaux de l’agence de promotion d’artistes Ping Pong accompagnée par Benjamin, chargé de promo, pour me diriger vers le café de la place non loin de là. Fink qui arrive avec un peu de retard, dans un style vestimentaire très british, la guitare à la main, s’excuse immédiatement « je devais aller chercher ma veste au cleaning (rires) ». Apparemment je suis la première à entamer la série d’interviews & sessions de la journée promo qui l’attend.
Après une commande de cafés, et un allumage de cigarette pour l’artiste, j’installe le ZoomH2 sur la table de la terrasse afin d’enregistrer le son, Fink commente « wow, c’est hi-tech man! check check one, two est-ce que ça marche? oui, je vois que ça fonctionne, ça s’allume , Hi-Fi! » Je me dis que Finn Greenhall est un gars joyeux et rieur, ce qui ne tarde pas à se confirmer.
Pourrais-tu dessiner un hibou pour un ami? Il le fait de bon cœur « j’aime les hiboux » tout en répondant à mes questions « je vais lui faire de grooos yeux »
Ton nouvel album, Sort Of Revolution? comment le décrirais-tu par rapport à tes deux précédents opus, Biscuits for Breakfast, et Distance and Time. Une petite trace du début électronique Fresh Produce d’ailleurs dans certains titres, en l’occurrence sur « Sort Of Revolution » que tu as mis sur Myspace , il y a quelques effets dub autour de ta voix et de la guitare…
«Nous voulions vraiment faire quelque chose de plus intime que Distance, la production était très bien foutue mais elle avait tout de même couté une assez grosse somme d’argent. On a adoré ça bien sûr! je ne nierais pas que bosser avec des moyens derrière c’est le pied, mais pour de nombreuses personnes ayant achetés Biscuits, il manquait cette intimité lié au coté « enregistrement minimal » du son bricolé par nous-même. Lors de l’enregistrement, on a considéré que Sort of Revolution achevait une sorte de trilogie avec Distance et Biscuits, un peu comme « les années NINJA ». Ca sonne bizarre (rires). Au final la recette de Sort of Revolution est simple: un zeste de la production du premier album, auquel on ajoute un soupçon de songwriting du deuxième, et une grosse cuillerée de feeling et on mélange tout. C’était mieux que « d’acheter » un meilleur son auprès d’un producteur extérieur. On désirait donner aux gens qui aiment déjà du Fink, quelque chose de très Fink. Ne pas faire les artistes qui ne s’intéressent pas de leur auditorat en sortant des albums à la va-vite car ils ont une bonne base de fans et que ceux-ci seront dupes. Tu vois ce que je veux dire, on voulait faire ça de manière chaleureuse, pas comme à l’usine ou certains cotés « pensons productif » du studio. On a donc travaillé dans mon appart, comme on l’avait fait pour Biscuits for Breakfast. On l’a fait entièrement chez moi d’ailleurs, ma copine a même quitté la ville exprès pour nous laisser entre musiciens, j’ai reçu quatre avertissements pour le bruit, on a mis plein de duvets et coussins aux fenêtres et chaque petit interstice. C’était marrant cette ambiance de « tanière de créativité ». J’ai vraiment l’impression que ça fait des années et que je te raconte de vieilles histoires mais non c’était il y a encore à peine quelques mois, c’est fou ça. Résultat de tous ces efforts: l’album sonne vraiment cosy et mignon.»
Combien de temps avez-vous pris pour le boucler?
«J’ai commencé à bosser dessus l’année dernière, petits bouts par petits bouts: pendant la tournée, quand je sortais ou lorsque je m’entrainais. En Novembre on s’est mis à imbriquer des choses ensemble, en Décembre on enregistrait déjà, en Janvier je m’attaquais à la production, et en Février je montais le mixage final. Bam Bam Bam Bam, on garde le coté frais et vivant à ce rythme là, mais avec quelques petites erreurs sans doute (rires).»
Tu disais d’ailleurs dans ton journal que le tempo était plus rapide…
«Oui, surtout techniquement. Du coup, il y a pleins de défauts dedans, l’organisation des choses s’est emballée, on a décidé de se débrouiller plus rapidement, et il y a bien des bouts de guitares que j’aurais clairement pu refaire, j’aurais pu réenregistrer certains beats de batteries aussi…»
Pointilleux à ce que je vois eheh, mais la nouveauté qui a dû participer à la précipitation des choses c’est l’ajout de piano, pour la toute première fois si je ne me trompe pas!
«Oui, on avait besoin d’un truc en plus!»
C’est donc bien un tout nouvel instrument sur la musique de Fink, tu savais en jouer ou..?
«Non non, je ne savais pas en jouer, toujours pas d’ailleurs mais je devrais! j’ai collaboré avec plusieurs songwriters qui savent jouer du piano ces dernières années et c’est vraiment un atout pour le songwriting. Je connais de très bons pianistes, le mec qui a bossé sur « Move On Me », John Legend, a fait une cover de cette chanson, donc on a incorporé ses parties piano sur la version de l’album. Pour les trois autres titres avec du grand piano dedans, j’ai envoyé les pistes à un très bon ami a moi, Blair Mackichan, on a fait « This Is The Thing » ensemble sur le dernier album. Blair ne fait jamais de piano pour sa propre musique, c’est un songwriter, un gros et connu, lui. Il me fait: « oh non mec, je peux pas faire ça, je suis nul, ça va pas le faire » je lui réponds « mais non, ça va être super, tu devrais le faire, ça va être drôle, je vais venir, on va être high, et hop ça va se faire, tin lin tin lin, des petites notes de piano, ça sera nickel. » Et ce fut le cas, et on l’a fait tous les trois, lui moi et Guy Whittaker à la basse. Blair a un super piano dans son salon, vraiment magnifique, massif, stylé, électrifié, tu vois le genre, et on a juste jammé dessus et c’est venu tout seul. Maintenant je dois apprendre à reproduire ses parties, pour les shows live (rires).»
Tu n’es pas prêt à les faire encore?
«Non pas encore, je suis nul, j’ai aucun talent.»
Tu ne vas pas réussir à me faire croire ça ehe. Cela dit, tu ne peux pas jouer la partie guitare, chanter, tout en faisant du piano…
«Non, mais sur « See It All » par exemple, il n’y a pas tant de partie de guitare que ça, c’est globalement que du piano donc ma solution c’est de jouer la partie piano à la guitare et chanter.»
C’est la basse d’ailleurs sur « See it all » qui porte la chanson, et le piano vient en petite touche pour donner une atmosphère planante…
«Oui, il y a de la grosse basse, puis viennent le piano et la batterie, avec seulement un peu de guitare sur la fin…
Mais je pense que si j’avais un piano avec moi, je pourrais faire quelques trucs, enfin bon, j’étais sensé m’entrainer les deux prochaines semaines, mais je me suis engagé pour une énorme tournée en Angleterre, où je fais la première partie du groupe indé Gomez, donc tant pis pour le piano.. j’ai pas pu dire non, j’allais pas dire « non, désolé, je ne peux pas jouer au Shepherd’s Bush Empire* mercredi prochain, tu vois je préfère m’entrainer au piano » (rires).»
* salle mythique de Londres de près de 2000 places, elle est connue pour avoir appartenu jusqu’en 1991 à la BBC pour ses spectacles musicaux télévisés.
Tu peux toujours t’entrainer avec un casque et un petit clavier!
«Oui, je pourrais je suppose (rires), oui t’as raison tiens! parce que j’ai pas un seul clavier, j’ai aucun piano autour de moi donc je ne peux vraiment pas m’entrainer. De toute manière juste au cas où, j’apprendrais à faire les parties de piano à la guitare, comme ça je pourrais recréer quelque chose de proche du son aérien du piano, on verra (rires).
Donc il y a du piano sur Sort of revolution mais il me fallait un extra en plus, sinon ça aurait trop ressemblé à Distance & Time, et beaucoup de journalistes, non pas « beaucoup », mais certains journalistes de la presse écrite, ne l’ont pas vraiment écoutés, ils sont justes passés dessus rapidement, »oui oui, c’est un peu comme le dernier album », « ouais ouais, il est pas mal ce nouvel album », mais pour nous c’est totalement autre chose, c’est très éloigné de ce qu’on a fait avant, vraiment très intime, et avec ce piano qui vient s’ajouter, c’est complètement nouveau. Mais peut-être qu’après quelques écoutes… Les journalistes reçoivent tellement de CDs chaque semaine… C’est difficile. Ce qui doit être le plus difficile c’est de trouver le temps d’écouter un album. Dès que je fais un concert en Angleterre, je reçois une grosse pile de CDs dans les semaines chargées. Je vais directement au single: je regarde à l’arrière de la jaquette promo et ah, ça c’est le single et je l’écoute « ouais, cool, c’est génial » mais j’ai rarement le temps de me poser pendant 1 heure alors j’imagine que pour un journaliste c’est encore pire. Tu dois bien finir par être fatigué de tout ça, « ah je dois faire une review pour ce single/cet album, et je trouve ça vraiment naze, mais faut que je le rende attractif. Soyons sympa, soyons sympa… »»
Peut-être qu’ils n’ont juste pas prit le temps de vraiment écouter Sort of Revolution.
«Toutes les réactions ont été fantastiques, positives, mais elles ne sont pas très poussées, ça se résume vraiment à « Yeah, vous avez apprécié Distance and Time, vous allez aimer Sort of Revolution». Ils n’ont pas vraiment repéré la valeur ajoutée.»
En même temps, les fans font toujours quelques efforts pour écouter la discographie des groupes qu’ils supportent. Ils ont tendance à écouter les albums qu’ils préfèrent et laissent les autres de coté pour les redécouvrir plus tard, sous un nouvel angle ou dans un autre état d’esprit et peuvent flasher dessus. C’est tout un processus! Ils l’écouteront calmement quoi qu’en jugent les critiques, il ne faut pas s’inquiéter plus que ça.
«Oh, je m’inquièterais quoi qu’on en dise, du bien ou du mal. Ce qui est logique, c’est un nouveau bout de moi-même que je présente aux gens. Et chaque jour je reçois des tonnes emails des gens qui l’ont écoutés à travers le monde, et ils écrivent vraiment de gentilles choses « c’est très intime », «un changement c’est une révolution à petite échelle, et c’est cool, j’ai compris Sort of Revolution», « un mélange distancebisctancebiscuits » « - ouais, c’est exactement ça! »
J’aime lire des retours de fans qui ont vraiment captés où nous voulions aller avec Sort of Revolution, et ce qu’on avait à y dire. Puis il y a ceux qui disent plutôt « c’est de la folk avec des beats » « - ah bon c’est ça ? » C’est marrant de voir les avis des gens, « c’est un peu comme les autres que tu as déjà fait, il est vraiment bien, mais bon je n’accroche pas plus » au moins ça c’est honnête, dire qu’on l’a pas aimé plus que ça je trouve ça mieux que de chercher des trucs bizarres comme « ouais c’est de la folk avec des rythmiques » ah je déteste ce genre de qualifications XD
Qu’est ce que je parle… c’est le café ça! (rires)»



